Position du groupe « Sauveterre pour tous » sur la réouverture des écoles le 11 mai

Sauveterre-de-Guyenne, le 5 mai 2020

L’hypothèse d’une réouverture des écoles primaires à Sauveterre-de-Guyenne le 11 mai préoccupe très fortement l’équipe « Sauveterre pour tous ». En tant que nouvelle majorité élue le 15 mars 2020, en charge d’appliquer les directives de l’Etat dès notre installation (prévue pour fin mai – début juin), nous savons l’importance de préparer le déconfinement.Nous accompagnons la réflexion des services municipaux à cette fin et les remercions à nouveau pour leur sens aigu du service public fortement mis à l’épreuve durant cette période si difficile de crise sanitaire. Mais la méthode à marche forcée choisie par l’Etat pour imposer cette réouverture ne correspond pas à une rentrée sereine pour tous. Rouvrir les écoles le 11 mai nous semble aujourd’hui prématuré.

Le caractère très anxiogène du confinement, rythmé par une rhétorique guerrière et la progression de l’épidémie heure après heure dans les médias, tandis que toute la population avait à veiller au plus strict respect des règles sanitaires, est encore dans les esprits de tous. Cela ne doit certes pas nous empêcher de raisonner et d’avoir en tête l’objectif de revenir à un rythme de vie habituel, en ayant conscience que le virus pourrait être toujours présent. Mais le temps passe et les annonces ne permettent pas d’entrevoir facilement des solutions aux multiples questions qui demeurent posées concernant la réouverture des écoles maternelle et élémentaire. Le volontariat fait peser une responsabilité très lourde sur les parents d’élèves. Or très nombreux sont ceux qui nous ont fait part de leur très grande inquiétude à l’idée de mettre en jeu la santé des enfants, des enseignants, des personnels municipaux et de l’ensemble de leurs familles.

Nous partageons cette inquiétude. Nous pensons que le principe de précaution dans un contexte aussi incertain doit primer, surtout quand il est question d’enfants. Le fait que très peu de pays européens ne fassent ce choix et que des risques élevés de contagion en cas de réouverture précoce soient clairement identifiés par les scientifiques n’est pas pour nous rassurer collectivement. Le fait que le Conseil scientifique et plusieurs instances de spécialistes soient défavorables à cette réouverture ne fait qu’accentuer notre réserve. Quant au changement de stratégie nationale, et au choix d’une réouverture des écoles d’abord, alors que le reste de la société n’est que très progressivement déconfiné, ils conduisent à une légitime incompréhension. Pourquoi autoriser l’ouverture des cantines et non des restaurants ? Pourquoi limiter les rassemblements à 10 personnes sauf pour les enfants dans les écoles ? Pourquoi rouvrir les classes du primaire en premier alors que le maintien des gestes barrières pourrait relever d’une mission impossible en élémentaire, et plus encore en maternelle.

Qui plus est, un retour à l’école le 11 mai impliquerait une assurance sans faille que l’ensemble des conditions sanitaires est totalement garanti pour la protection de tous, à commencer pour les enfants. Or cette garantie totale sur le plan sanitaire est pour l’instant impossible à certifier tant sont nombreux les détails du protocole en raison du contexte de sortie de confinement. Les communes comme les nôtres peuvent faire le maximum pour assurer les conditions les meilleures pour rouvrir les écoles, mais il restera toujours un doute sur le plan sanitaire. Nous partageons l’argumentaire de la lettre ouverte des 316 maires d’Ile- de-France qui souligne que « l’Etat ne peut se désengager de sa responsabilité dans la réouverture des écoles (…). Les conditions sanitaires à mettre en œuvre sont sérieuses et c’est bien normal ; cela ne s’improvise pas. »

Dans ces conditions, nous pensons que le plus raisonnable est de ne pas rouvrir les écoles primaires dès le 11 mai comme demandé. Nous tenons à souligner à quel point cette position, pour nous qui mettons l’éducation au cœur de notre programme et qui n’aurions jamais imaginé demander à ce que des écoles restent fermées, est difficile à énoncer. Mais les circonstances que nous vivons – les plus hautes autorités nous l’ont suffisamment répété – sont totalement inédites. Pour pouvoir rouvrir sereinement plus tard, nous demandons donc au maire sortant de reporter pour le moment l’ouverture, afin de s’assurer que la situation de déconfinement est compatible avec une reprise complètement sécurisée du travail scolaire.

 

Nous savons à quel point ce choix est susceptible d’affecter la reprise obligatoire du travail en présentiel pour une partie des parents d’élèves. Pour répondre à cet impératif, nous demandons au maire sortant de prolonger le Service Minimum d’Accueil (SMA) sur demande expresse de l’Etat comme durant le confinement. Les capacités du SMA pourraient être progressivement élargies, à mesure qu’un nombre plus important de parents seraient amenés à reprendre le travail. Une majorité des élèves de nos écoles serait par conséquent maintenue, jusqu’à ce que la situation devienne plus sûre, dans une scolarité à distance. Cette solution a le mérite d’être à la fois solidaire avec les parents qui n’ont pas d’autres possibilités, et responsable en permettant à un nombre d’enfants très réduit de se retrouver en journée dans les locaux des écoles.